L’écrivain Virgile Elias Gehrig, une plume en mouvement

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• 18 octobre 2015

Du bord du Rhône au bord du Nil

Entre deux tempêtes de sable, à l’abri dans sa résidence cairote, Virgile Elias Gehrig nous donne de ses nouvelles.

Virgile Elias Gehrig est un jeune écrivain talentueux et prolifique. Pitteloud à la ville, c’est à sa mère que Virgile emprunte son nom de plume. Bien que natif de Sion, Virgile est en effet, selon ses propres mots, un métissage « fruit d’un spermatozoïde nendard et d’un ovule suisse-alémanique, bernois-schwytzois, plus précisément ». Enfance valaisanne donc ; scolarité brillante, danse classique, football – le FC Sion aurait même souhaité compter Virgile dans ses rangs ! – et assez vite l’écriture.

Vers quinze ans, Virgile commence à coucher pensées et poésies sur le papier. Depuis, il n’a jamais reposé sa plume, une plume qui de Sion l’a emmené au Caire, en passant par Berlin, et qu’il conjugue aujourd’hui avec son métier de professeur.

Prix et bourses au rendez-vous

Le talent de Virgile, un simple coup d’œil sur son CV suffit à l’attester – même si pour s’en convaincre, la lecture de l’un de ses ouvrages reste la méthode la plus fiable et la plus plaisante. En 2000 déjà, il soumet un recueil de poèmes, Le Livre des Vivants, au Prix International des Jeunes Auteurs organisé par les Editions de L’Hèbe ; distingués comme « coup de cœur », ses textes se voient récompensés d’une publication collective réunissant les lauréats.

Après une licence en Lettres à l’Université de Fribourg et encouragé par la reconnaissance de ses pairs, Virgile publie en 2008 son premier roman intitulé Pas du tout Venise. Suivent Soifs et Vertiges, un recueil d’aphorismes, en 2009, et Par la serrure du jour, un recueil de poèmes, en 2010. Ces trois oeuvres, publiées à l’Âge d’homme, forment une trilogie, « une fugue en trois mouvements qui interroge le deuil, l’arrêt brutal causé par l’uppercut de la disparition, l’insidieuse suspension de temps qu’est le chagrin ». Une réflexion sur le deuil, pourtant rédigée dans une langue paradoxalement vive, vivante, rythmée et entraînante; pour notre auteur, l’écriture est d’ailleurs carrément vitale.

Lauréat d’une bourse d’écriture mise au concours par l’Etat du Valais, Virgile s’envole ensuite pour Berlin où il passe six mois dans un atelier d’artiste. En 2014, il remanie complètement son premier roman, le réécrit phrase par phrase, l’écourte un peu, mais n’en change pas le titre. Pas du tout Venise est ainsi réédité en Poche Suisse à l’Âge d’Homme et remporte dans la foulée le Prix de littérature de la Fondation Gaspoz, prix notamment obtenu en leur temps par Noëlle Revaz et Adrien Pasquali.

Virgile vit actuellement au Caire grâce à l’obtention d’une bourse d’écriture mise au concours par la Conférence des Villes Suisses en matière culturelle et la Ville de Sion, une destination idéale pour le projet sur lequel il est en train de plancher.

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Un nouveau roman en gestation 

En Egypte, entre tracas administratifs et concerts de klaxons, Virgile poursuit la rédaction de son dernier roman provisoirement intitulé L’Homme sans visage. Un roman sur la crise, sur « le passage d’une monde qui s’érode et s’effrite à un monde qui doit se reconstruire » ; un roman narrant l’histoire d’un homme qui quitte sa femme enceinte de leur deuxième enfant, son métier, sa culture, sa géographie. Le Caire, ville favorable à l’écriture de ce nouvel opus puisque comme le note Virgile :

« Le fait de vivre six mois non seulement à l’étranger, mais encore dans une ville et les bords d’un fleuve qui furent le berceau et le carrefour de civilisations dont nous sommes aussi, par notre culture gréco-latine, les descendants, représente une occasion unique pour achever un roman qui interroge justement la question du départ, de la perte des repères, de l’altérité, de l’ailleurs ».

Interroger et questionner le monde, ses normes et ses repères, c’est d’ailleurs comme cela que Virgile conçoit l’acte même d’écrire ; alors qu’il dépeint au contraire l’enseignement comme la transmission de connaissances, de normes ou de repères. Les deux activités partagent néanmoins leur dépendance aux mots, des mots dont Virgile est véritablement amoureux et se fait le défenseur.

Quid de la Suisse ?

Jamais à court d’images, Virgile en réfère à Gainsbourg lorsqu’il s’agit de décrire son rapport à la Suisse, un rapport qu’il avoue double :

« La Suisse est rösti, c’est délicieux, et puis Graben, c’est plus morbide. Une forme de Je t’aime moi non plus. Depuis l’Egypte, peut-être que ses qualités et défauts ressortent un peu plus marqués. Quelle chance notre stabilité, notre éducation, notre liberté, toutes nos infrastructures ! Quelle poisse notre manque de poésie, de joyeux bordel, d’aventure, de romanesque ! ».

Mais lorsqu’il s’agit de donner une recette pour faire avancer la Suisse, Virgile se montre un peu plus emprunté, plus réservé (ou alors peut-être simplement optimiste ?) – pas de grand discours. Pour faire avancer la Suisse, pour faire bouger un pays, il faut bouger soi-même, se faire soi-même avancer ! Quant au point de vue des Egyptiens sur notre pays, il semble hélas se résumer, d’après notre observateur, à l’argent et aux banques.

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Pays déchiré depuis quelques années par des troubles politiques mais pays d’Histoire et de culture – citons juste la gigantesque bibliothèque d’Alexandrie, l’Egypte considère l’écrivain tantôt de manière suspicieuse, le rapprochant du journaliste, tantôt de manière respectueuse, admirant la noblesse de son art.

Gageons que Virgile Elias Gehrig, par son regard imagé, philosophique, mais aussi humoristique sur la vie, saura gagner le respect de ses nouveaux compatriotes qui, en se représentant la Suisse, ne penseront plus seulement « Argent », « Banque », mais aussi « Poésie ».

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Photos de Claire Liengme, Olivier Lovey et Virgile Pitteloud

Coralie Dorsaz

 

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