La HES-SO réfléchit au développement de nouvelles villes intelligentes

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• 7 juillet 2015

Le projet « Smart City »

Saviez-vous que les villes du monde n’occupent que 2% de la surface de la Terre ?! Et oui, il y a encore de la place pour construire. Mais mieux vaudrait construire intelligemment vu que ces 2% consomment ¾ de l’énergie produite au niveau mondial. Car 8 personnes sur 10 vivent aujourd’hui en ville.

Pour répondre aux défis environnementaux que pose l’urbanisme du 3ème millénaire, la Haute école spécialisée de Suisse occidentale ou HES-SO, en phase avec le projet « Smart City » lancé par l’Union européenne, a réfléchi aux villes du futur. Depuis 2011, 32 profs de la HES-SO, 50 assistants, 9 hautes écoles et 15 instituts de recherche se sont impliqués dans 5 projets innovants capables d’améliorer la qualité de vie des citadins.

Alors quand tout ce beau monde présente enfin les résultats de ses recherches, Rostigraben est sur le coup. Parce que si quelqu’un peu proposer des solutions concrètes pour un développement urbain plus durable et responsable, c’est bien ct’équipe-là. Avec une approche pluridisciplinaire soutenue par 3,6 millions de francs, les chercheurs ont imaginé ensemble plusieurs concepts et applications de « Smart Cities ».

Mais au fait, c’est quoi une « Smart City » ?

Définir ce qu’est une « Smart City » peut s’avérer aussi délicat que d’épiler une mouche avec des gants de boxe ou de peler une patate crue avec une banane trop mûre. Car comme pour tout concept, il n’y a pas de définition précise et arrêtée de « la ville intelligente ». D’ailleurs, vous pensez à quoi quand on vous dit « Smart City » ?

Une ville ultra-connectée où chacun peut interagir avec les objets et les personnes qui l’entourent via son Smartphone et où des androïdes vous servent le café ? Une ville verte qui fournit une énergie durable et où la végétation garnit les immeubles et les routes ? Une ville où seules de petites Smart électriques ont le droit de rouler ?

Sérieusement, l’idée des « Smart Cities » est d’offrir une qualité de vie maximale avec une consommation de ressources minimale. Comment ? Par exemple, en utilisant les TIC (technologies d’informations et de communication), en développant une société post-fossile, en utilisant les ressources de façon efficace et durable, en anticipant la mobilité du futur ou encore en créant des conditions favorables à l’innovation.

Petit tour d’horizon des projets « Smart City »

« Clean City » a le vent en poupe

C’est connu ; dans les villes, la chaleur stagne et l’air circule moins bien. L’équipe de Clean City a donc cherché à comprendre comment la ville génère des surcharges de pollution et a analysé à l’aide de drones la dispersion des polluants à travers la ville. Le but : prévoir le “climat urbain“ pour optimiser la ventilation des quartiers et minimiser la pollution ambiante.

Comme pour la recherche en aérodynamisme de Formule 1, les chercheurs ont effectué des tests en soufflerie pour développé un outil de simulation et de modélisation des villes qui permet de positionner le format d’un quartier et de calculer l’écoulement de l’air à travers la ville. Clean City fournit donc un nouvel outil d’aménagement urbain.

« CO2MeOH » respire comme une fleur

Saviez-vous que la photosynthèse des plantes transforme environ 6% du CO2 en oxygène ? Attention aux yeux – et aux poumons –, la méthode développée par CO2MeOH en transforme 37%. En fait, les chercheurs ont mis au point une technique qui capte le carbone des liquides ioniques et produit du méthanol. Ce méthanol peut ensuite être stocké et utilisé, entre autres, pour produire des bio-carburant.

Transformer la matière polluante générée par les villes en source d’énergie biodégradable, c’est désormais possible. Les immeubles de demain pourraient donc capter le CO2 et fournir de l’énergie non-fossile. Le but est donc d’implanter cette technologie proche des industries produisant beaucoup de dioxyde de carbone.

« eGov-Suisse » améliore les services publiques

Les procédures administratives vous paraissent beaucoup trop compliquées et bureaucratiques ? eGov-Suisse veut automatiser les processus des services publics de façon efficace pour permettre un accès facilité et plus rapide des citoyens à l’information via la cyberadministration.

Dans notre société hyper-connectée, les chercheurs ont analysé le fonctionnement de notre administration pour réduire le cloisonnement entre les différents services et développer une interface interactive entre les services publics et les citoyens.

« ATEQUAS » organise le quartier en fonction de ses habitants

Et si on réfléchissait à une organisation collective de notre quartier qui prenne en compte les différents intérêts et modes de vie des habitants ainsi que les implications des commerces, des institutions et des espaces communs présents dans le quartier ? C’est ce que l’équipe d’ATEQUAS a expérimenté dans le quartier du Vallon, à Lausanne.

Le but de la démarche ? Après avoir identifié la diversité des acteurs d’une même zone urbaine, ATEQUAS propose de développer des quartiers en adéquation avec l’environnement social, culturel, économique et naturel des petites agglomérations d’habitations. En gros, on pourrait construire et organiser des quartiers qui correspondent aux styles de vie des habitants et répondent à leur besoin plutôt que de laisser le marché immobilier dicter sa loi sans jamais tenir compte de l’opinion de futurs habitants. Idée intéressante non ?!

« Smacc » nettoie les eaux usées à coup de « biochar »

C’est quoi un « biochar »? Ben, c’est plus ou moins le terme technique pour « bac à fleur qui filtre les eaux usées urbaines ». Les chercheurs de Smacc l’ont vite constaté, les STEP (Station d’épuration) coûtent cher et ont beaucoup de mal à traiter les micros-polluants. Du coup, l’équipe a imaginé un dispositif floral – et ornemental qui plus est – qui recueille les eaux usées, absorbe les micros-polluants de façon efficace et écologique et relâche ensuite dans les canalisations l’eau filtrée par le bio-charbon organique des plantes.

Si cette technique de filtrage des eaux par espaces fleuris vous intéresse et que vous voulez voir à quoi ressemble un « biochar », Smacc a déjà mis au point un petit – mais vrai – laboratoire sur le pont de Pérolles à Fribourg. Une nouvelle technique écologique qui s’inspire de la nature et met de la couleur dans nos villes.

Des projets qui font avancer la Suisse

Innovants, ces 5 projets le sont à coup sûr. Mais ce n’est pas leur seule qualité. Vous l’avez compris, les nombreux chercheurs qui ont participé au projet « Smart City » ont voulu apporter des solutions concrètes aux défis posés par l’urbanisme, la production et la consommation d’énergie, la cohésion sociale ou encore la mobilité.

Les projets « Smart City » proposent ainsi des applications et des concepts qui réfléchissent à une société où « vivre ensemble » et « vivre de façon responsable » sont devenus des critères à prendre en compte pour développer nos villes. En somme, ces projets nous amènent autant des techniques inédites que des pistes de réflexion pour construire des villes toujours plus « intelligentes ».

Le projet « Smart City » pourrait donc permettre à la Suisse, comme d’autres pays qui ont déjà fait le pas, de devenir un exemple d’urbanisme “intelligent“. Et dans le domaine, les idées ne manquent pas. C’est donc aussi le moment de s’intéresser à ce qui se fait ailleurs pour développer nos villes. C’est bien les Suisses qui font avancer la Suisse, alors avançons dans la bonne direction !

Image de Wendelin Jacober, Flickr

Damien Gaillet

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