La dernière mine d’or de Suisse va bientôt rouvrir ses portes

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• 24 mai 2016

Il était une fois … « la Californie du Tessin », le nom que par le passé on donnait au Malcantone, région à l’ouest de Lugano, un des plus importants districts minéraires de Suisse. On y extrayait l’or jusqu’à il y a soixante ans. La mine de Sessa, la dernière à fermer ses battants, est en voie de récupération et sera ouverte au public en 2017. Reportage.

Au coeur du Malcantone, le village de Sessa est un petit joyau pour son architecture et son paysage. Juste au-dessus se trouve un ancien gisement aurifère, le plus important de la zone. En 1856, après des décennies d’extraction « sauvage », un ingénieur italien de Sion obtenait une concession d’exploitation du Conseil d’état tessinois et ouvrait la mine « La Costa ». Pendant près d’un siècle, jusqu’à sa fermeture définitive en 1954, des tonnes de métaux (or, argent et plomb notamment) en ont été extraits et jusqu’à 400 mineurs y ont travaillé.

Nous la visitons sous la guide des promoteurs du projet de réouverture, Mario Zarri président de l’Association « Acqua Fregia » (Eau froide), constituée en 2002 pour valoriser les cours d’eau et promouvoir des activités culturelles et Alfonso Passera, secrétaire de la Fondation Malcantone. Chaussés de hautes bottes et munis de casques nous devons courber la tête pour parcourir le boyau principal. L’eau suinte des parois de gneiss, la température ne dépasse pas dix degrés. Une atmosphère à la «  Germinal » de Zola : les rails où circulaient les bennes sont rouillées mais encore intactes. Ici et là, des vagonnets, des pics et des pioches abandonnés par les mineurs il y a 62 ans. Sur la voûte des traces minéraires sont encore visibles. Contiennent-elles encore de l’or ? «  Les veines ne sont pas épuisées » raconte Alfonso Passera, « mais une reprise de l’extraction avec les méthodes actuelles serait trop coûteuse. Durant ses deux dernières années d’activité, la mine a encore donné 500 kilos d’or dont le raffinage était cher. Lorsque l’ultime concession est arrivée à terme, la société belge « Mines de Costano SA » qui gérait le gisement a renoncé à en demander le renouvellement ».

Par endroits la paroi s’ouvre sur des niches sombres, des puits pleins d’eau cristalline. « La mine s’étend sur 1,9 km et trois niveaux » nous explique Mario Zarri, «mais plus d’un kilomètre est inondé . Notre projet prévoit initialement d’ouvrir au public le couloir principal de 346 mètres d’où partent des galeries secondaires». Après l’octroi des permis de construire cantonal et communal, les travaux ont commencé en janvier dernier et occupent actuellement une quinzaine de volontaires. Un concours a été lancé pour le gros d’oeuvre qui sera confié à deux entreprises locales, comme l’indique le conseiller municipal de Sessa Giuliano Zanetti responsable des travaux publics.

Histoire de l’or au Tessin

Après tant d’années d’inactivité, la mine est encore bon état même si un éboulement en avait obstrué l’accès qui a déjà été consolidé. « Il s’agira aussi d’assainir et de sécuriser quelques boyaux latéraux encore remplis d’eau » explique le président d’ »Acqua Fregia ». L’association a eu l’idée de récupérer la mine en 2003 déjà. Elle a d’abord demandé une expertise au géologue Markus Felber, bien connu au Tessin pour ses études sur le Monte San Giorgio, la montagne des fossiles puis une étude de faisabilité touristique. La commune de Sessa a ensuite acheté le terrain d’accès qui deviendra une aire de loisir et une vieille bâtisse qui sera transformée en centre d’accueil et d’information. Propriétaire du sous-sol, le canton a aussi participé au financement du projet devisé à environ 500’000 francs. « Notre initiative a été accueillie avec enthousiasme, la réouverture de la mine aura un impact certain sur le tourisme local et nous avons obtenu l’aide d’autres communes du Malcantone, de fondations, de banques et de privés » souligne Mario Zarri. « Une récolte de fonds parmi la population devrait couvrir la somme manquante. »

L’ouverture au public de la mine d’or « La Costa » est prévue pour le printemps 2017. Les visites seront guidées dans les trois langues nationales et en anglais. Il en sera de même pour les panneaux didactiques et les projections consacrés à l’histoire de l’or au Tessin où opèrent trois des quatre raffineries d’or de Suisse et où les rivières décèlent encore des traces du précieux métal qui continue à attirer les chercheurs.Poir

Le géologue Markus Felber qui a inspecté la mine avant le lancement des travaux qu’il contrôlera régulièrement et qui se chargera de l’élaboration des panneaux explicatifs, trouve l’idée de la récupération merveilleuse : « il s’agit» nous dit-il, « d’un rare témoignage du passé, la preuve historique de ce qu’a été la chasse à l’or dans le Malcantone. »

Gemma d’Urso, Sessa

Image du Tessin via Koen, Flickr

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