Jocelyn Butty, le technicien en génie mécanique qui fait avancer la Suisse

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• 11 mai 2015

Image à la Une de Donnie Nunley

Des boguets aux machines agricoles

Limer l’admission, percer les pipes, désosser des moteurs de A à Z et les remonter pour gagner les précieux 3km/h de plus que ses potes,… c’est de cette façon que Jocelyn Butty a passé ses weekends d’adolescence. Arpentant les chemins de remaniement autour de son petit village de Rueyres-les-Prés sur son vélomoteur, le Fribourgeois a non seulement frôlé une petite dizaine de commotions cérébrales, mais il a surtout assouvi sa passion pour la mécanique en maquillant ses premiers engins.

C’est clair qu’à 15 ans, l’école paraît moins fun que les tours en boguets. Pourtant Jocelyn a toujours été bon élève. Seulement, les pinces et les scies à métaux l’ont plus accaparé que la littérature. Alors après un premier stage dans la menuiserie et deux autres dans un atelier de machines agricoles, Jocelyn commence un apprentissage de mécanicien chez Umatec à Estavayer.

Mécanique rime avec pneumatique, hydraulique et électrique. C’est une formation très complète qu’a suivi Jocelyn afin d’être capable de réparer aussi bien des tondeuses et des tronçonneuses que de faire redémarrer un tracteur de 35 ans. Et ses talents l’ont souvent fait passé pour un vrai magicien des soupapes.

La passion des moteurs

L’atelier de Jocelyn en dit long sur ses centres d’intérêts. Après les vélomoteurs, ce sont les scooters et les motos qui se sont retrouvés mis à nu par les mains expertes du mécano. Comme les chirurgiens cardiotoraciques ouvrent et opèrent leur patients, Jocelyn travaille sur le coeur de ses machines : leur moteur.

Ce qui fait vibrer le mécanicien, c’est bien la complexité des moteurs, les rouages d’un système qui prend vie sous l’impulsion électrique, le cliquetis des courroies, des pistons et des pignons. Cette harmonie mécanique a fasciné Jocelyn au point qu’il envisage, après plusieurs années d’activité, à se donner les moyens d’acquérir le savoir-faire nécessaire pour concevoir entièrement des moteurs, modifier et améliorer leur mécanisme et leur mécanique.

Fort de son expérience de mécanicien sur machines agricoles, il pense à l’École supérieure de Ste-Croix pour suivre une formation de deux ans et devenir Technicien ES en génie mécanique.

Clé de 8 et CNC

Après une année à apprendre l’Allemand à Zofingen et une autre enrôlé comme motard dans l’armée, Jocelyn revient dans l’entreprise qui l’a formé. Pas de doute, réparer les machines agricoles, ça lui plait. Mais il cherche une motivation supplémentaire. Obnubilé par les moteurs, il suit son envie et son projet pour devenir le premier mécanicien sur machine agricoles à intégrer l’École supérieur de Ste-Croix – qui n’avait jusque-là accueillit que des polymécaniciens.

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Image de Ludovic Maillard, Flickr

Les années de pratique du mécano jouent en sa faveur. Il apprend très vite les bases de la mécanique de précision et travaille d’arrache pieds pour maitriser la programmation de CNC à 3 axes simultané, assurer la sécurité et l’ergonomie de machines complexes ou encore concevoir différents moyens de production pour des entreprises. Jocelyn a alors toutes les cartes en main pour convertir sa passion en savoir-faire de haute qualité. Son expérience et sa détermination finissent par payer puisqu’il réussit avec succès cette nouvelle formation.

Les 5 mois de stages qu’oblige la formation de technicien en génie mécanique ont donné à Jocelyn l’opportunité de travailler en entreprise. Une première expérience chez Neslté Waters à Henniez l’a mis au défi de mettre en place un système de maintenance préventive pour une ligne d’embouteillage PET. Une deuxième d’améliorer les performances d’une machine de production. Plus question de réparer des motoculteurs ou de moissoneuses-batteuses mais toujours le même intérêt central, les moteurs et leurs rouages. Jocelyn trouve son bonheur dans l’entreprise suisse et celle-ci mesure le potentiel du jeune – mais expérimenté – technicien.

Au cours de sa deuxième année de formation, Jocelyn a déjà son contrat signé pour la fin des ses études. Diplôme en poche, il commence à travailler à Hennier en tant que « technicien en génie mécanique chargé de la planification de la de maintenance préventive ». Oui, ses cartes de visites sont très allongées…

Plus que compter les bouteilles

Si Jocelyn est aujourd’hui responsable du bon fonctionnement de lignes d’embouteillage, il ne passe pas son temps à compter les bouteilles. À 25 ans, il planifie le travail d’une dizaines de mécaniciens et d’électriciens et gère l’exécution de nombreux travaux de maintenance et de révision.

Et si tout ça lui donne déjà beaucoup à penser, Jocelyn s’investit également dans la formation et le coaching de personnes souhaitant devenir chef de projet SMED, projet consistant à améliorer la performance d’outils de production. Il faut dire qu’après en avoir mené deux (des SMED), Jocelyn a de bons conseils à donner.

Jocelyn assume aujourd’hui un travail essentiel au sein de son entreprise puisqu’il fait littéralement le pont, en tant que technicien, entre les cadres supérieurs et les mécaniciens. Un travail autant varié qu’exigeant qui lui donne l’occasion de développer de nouvelles technologies mécaniques.

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Image de Paulo Avila, Flickr

Alors Jocelyn, comment faire avancer la Suisse ?

Cela peut surprendre pour un passionné de moteur mais l’une des grandes préoccupations de Jocelyn est écologique. Un mode de consommation raisonnable et des choix responsables et respectueux de notre environnement font partie de la philosophie du Fribourgeois.

Mais le mécano pointe surtout du doigts une logique qui, si elle n’est pas exclusive à la Suisse, est devenu courante dans notre fonctionnement capitaliste : l’obsolescence programmée.

« S’il est aujourd’hui possible de trouver le moyen de production le plus rentable, on peut aussi jouer sur la durée de vie de l’objet en utilisant des éléments bon marché qui fonctionneront au début, mais casseront à la longue. Ce principe m’a dégouté et c’est une raison supplémentaire pour laquelle je n’ai pas poursuivi plus avant mes études d’ingénieur. L’ingénierie a parfois quelque chose de mesquin. »

Le message est passé. Travailler sur une chaine de production alimentaire pour une grande entreprise ne signifie pas pour autant adhérer à une des logiques perverses que peut revêtir le capitalisme. S’il est conscient que ses pouvoirs sont insuffisants à faire changer ce mode de production, Jocelyn s’engage néanmoins à travailler dans la bonne direction pour économiser énergie et matière première au lieu de chercher à maximiser les ventes d’un produit bon marché mais de mauvaise qualité.

La philosophie d’un technicien qui a su garder les pieds bien posés sur le sol des champs à côté desquels il a grandi.

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Damien Gaillet

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