Sarah prend le pouls de la Suisse et pose son diagnostic

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• 28 mai 2015

La blouse blanche, c’est pas que pour le fun

Si pour vous les infirmières trottent derrière les médecins sur leurs souliers à talons, une piqûre dans une main, un sparadrap dans l’autre, adoptent une attitude tendre et maternelle et portent un décolleté qui suffit à anesthésier la douleur de leurs patients… soit vous êtes en plein fantasme, soit vous vivez encore en 1920.

Loin des clichés, les infirmières occupent aujourd’hui une place centrale dans un système de santé toujours plus vaste et complexe. Leur boulot ne consiste pas seulement à être gentille, douce et souriante. De la maternité aux soins intensifs elles sont chargées d’évaluer tout type de patient, d’administrer les médocs, de poser des perfusions et retirer des cathéters ou encore d’effectuer des tests sanguins.

Bref, les infirmières – comme les infirmiers d’ailleurs, ne les oublions pas, mais pour une fois, prenons le féminin comme généralisation linguistique – n’ont pas une blouse blanche juste pour le fun. Actives dans énormément de domaines différents, elles suivent une formation complète et exigeante. Aujourd’hui en dernière année de bachelor en soins infirmiers à la Haute Ecole de Santé de La Source à Lausanne, Sarah nous raconte son parcours, son quotidien toujours différent, sa philosophie et ses délires.

Une vocation ? Non, pas tellement

Une maman aide-soignante, deux petits frères et une soeur sur qui garder un oeil ; vu le tableau familial, on pouvait s’attendre à ce que Sarah finisse par prononcer le serment d’Hippocrate.Et pourtant… la Payernoise s’était jurée, petite déjà, de ne jamais se retrouver dans les soins.

« Je n’aimais pas trop aller dans l’EMS où travaillait ma mère car tout ce qu’il s’y passait me dégoûtait. Cela sentait mauvais, il faisait trop chaud, et le temps n’avançait pas. Sans parler de ses horaires. Travailler de nuit, le soir ou le week end ? La catastrophe. Jamais pour moi. »

Après ses études au gymnase de Payerne, Sarah n’a toujours pas de réponse à la grande question : “Que vais-je faire de ma vie ?“. Bonne élève, elle décide alors de suivre la route déjà tracée, celle de l’université, et s’inscrit en philo et en anthropologie à Fribourg.

Un déclic ? Oui, c’est plutôt ça

Après une première année d’uni et de bons résultats, Sarah décide d’interrompre temporairement ses études pour partir une année au Brésil. Mais ce n’est ni le climat, ni le carnaval, ni même les cocktails qui ont motivé Sarah à partir. Ce n’est pas qu’elle n’aime pas faire la fête. Seulement là, l’idée était de penser d’abord aux autres et d’offrir son aide à ceux qui pouvaient en avoir besoin.

Loin de plage idyllique, Sarah débarque dans une favela de Salvador de Bahia où elle travaille avec des enfants. «  Cela a été une expérience bouleversante pour ma vie. En rentrant en Suisse c’était très clair que je voulais me rendre utile à la société, exercer une profession où je pourrais être proche des gens et faire quelque chose de concret. La profession d’infirmière est devenue une évidence à partir de ce moment-là. »

Sarah troque alors sa toge de philosophe pour la blouse blanche d’infirmière et quitte Fribourg pour Lausanne où elle se découvre une nouvelle passion en intégrant la HES de La Source.

« Un métier où on ne peut pas faire semblant »

Évaluer les besoins prioritaires des ses patients, accompagner les personnes âgées dans leurs tâches quotidiennes, épauler les familles, suivre l’évolution de chaque cas,… Si le rituel semble être toujours le même, aucune journée ne se ressemble quand on est infirmière. Et en plus, côté champ d’action, il y a l’embarras du choix.

« J’aime ça parce que je sais que je ne m’ennuierai jamais. Des nouveau-nés aux personnes âgées en passant par les centres de migrants, les unités ultra-spécialisées de soins intensifs, les prisons ou encore les soins à domicile : il y en a pour tous les goûts ! Et j’ai envie de tout tester ! »

C’est certain, les infirmières ont du job ! Et chaque patient représente une nouvelle expérience, un nouveau défi à relever. Heureusement, les infirmières sont solidaires et travaillent très souvent en équipe. « C’est parfois très compliqué mais toujours très enrichissant. On apprend à se connaître soi-même dans sa manière d’être et de travailler, ce qu’on aime et ce qui nous déplaît, ce qui est facile pour soi et ce qui l’est moins. On partage les moments de joie comme les moments plus difficiles. C’est un métier où on ne peut pas faire semblant, il faut être soi-même. »

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Sarah, comment faire avancer la Suisse ?

Après une telle expérience au Brésil, plusieurs stages à l’étranger et quelques bouquins de philo engloutis, Sarah essaie chaque jour de se rappeler ce qu’on sait tous mais qu’on a aussi tous tendance à vite oublier.

« La plupart d’entre nous – et moi d’abord – n’avons pas la moindre idée de la chance que nous avons de vivre dans un pays comme la Suisse. Parfois j’ai l’impression de vivre dans ma bulle. Si je ne regarde pas les nouvelles, je vis ma vie très confortablement : études, boulot, sortie, amis, loisirs, etc. Je ne connais ni la faim, ni la soif, ni le froid ni le chaud. J’ai accès à des études coûteuses dont je ne paie pas le quart du prix. Au Canada, j’ai rencontré des étudiants en soins infirmiers endettés pour des années et des années. Moi, j’ai un avenir assuré avec un revenu convenable et un bon niveau de vie. Mais tout ça, ce n’est pas normal, ce n’est pas la norme dans le monde. Je souhaiterais qu’on fasse plus pour aider les autres – oui, ça a l’air vraiment “bêbête“ dit comme ça, mais comment le dire autrement ? ».

C’est peut-être bateau, mais néanmoins tellement vrai. D’ailleurs, qui peut prétendre le contraire ? Au niveau mondial, la qualité de vie en Suisse est incroyablement bonne. Alors bien sûr, on a tous le droit d’avoir nos problèmes, mais c’est aussi bon de les relativiser non ?! Et aider sa famille, ses amis ou ses voisins d’ici et d’ailleurs, non seulement c’est faire preuve de solidarité, mais c’est aussi quelque chose qui, très souvent, fait du bien à soi-même.

Une petite anecdote pour donner le sourire aux Suisses ?

« Je me souviens d’un matin en psychiatrie de l’âge avancé. J’ai vu débouler dans le couloir un patient en string rouge feu et paillettes scintillantes prêt à rentrer chez lui à 7h du matin. Là on se dit que la journée commence vraiment bien. »

Et oui, le job d’infirmière vous réserve bien des surprises ! Alors si vous aussi vous voulez nous surprendre, nous donner le sourire, nous montrer que la Suisse bouge, nous partager vos délires, vos passions, vos idéaux… n’hésitez pas ! Écrivez à l’équipe Rosti qui s’efforce de donner la patate aux Suisse-sse-s.

Rostigraben

Que vous inspire le parcours de Sarah ? Envie de devenir infirmière, de partir au Brésil, d’acheter un string à paillettes ? Laissez votre commentaire sur Rostigraben.ch

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