Nouveau défi pour la finance suisse avec le raz-de-marée FinTech

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• 9 septembre 2015

FinTech, trublion de l’innovation ?

Depuis un an, on le voit à toutes les sauces. FinTech, cet espèce d’acronyme bizarre fait penser au nom d’un nouveau produit de Findus. La réalité ? Une contraction de 2 mots : finances et technologies.

C’est un domaine où l’utilisateur lambda comme vous et moi sommes rapidement largués. Car ce domaine utilise à plein régime les TIC : technologies de l’information et de la communication. En gros – quitte à faire bondir certains connaisseurs sur leurs chaises – cela consiste en tout ce qui passe plus ou moins par une application mobile ou un ordinateur.

C’est actuellement un des domaines les plus porteurs de l’innovation, comme l’explique très bien FrenchWeb. Aux premiers abords, on s’est dit qu’en Suisse, la FinTech devait être au top du top vu la performance de ses banques et du nombre de start-up créées dans le coin. Surprise : le constat est plutôt mitigé. Il est clairement le temps d’attraper le train en marche.

« Il y a deux solutions : ou on se dérange, ou on méprise.. »

En y réflechissant, la FinTech devait débouler tôt ou tard. Dans nos esprits, argent égal banque. Surtout ici en Suisse où les banques affichent une stabilité impressionnante. Même un caillou arrive toujours à se glisser dans la chaussure, n’est-ce-pas ?

Jusqu’à présent, les banques étaient les acteurs historiques qui avaient le monopole sur la gestion des flux financiers. Mais de nouveaux acteurs chamboulent le terrain. Ce sont souvent des starts-up qui déboulent dans de nombreux domaines dans lesquels tout est à créer : financement participatif, processus financiers, transactions d’argents, bitcoin, data management, accès facilité à des informations boursière etc.. Des dizaines d’applications sont possibles à de nombreux niveaux au profit de nouvelles entreprises.

En d’autres termes : au tapis le monopole des banques sur certains services comme le conseil en gestion de fortune, les prêts, le transfert de fonds. On ne vous prédit pas la fin des banques – contrairement à certains analystes qui les passent déjà à la trappe. Mais il est clair que les choses évoluent vite et qu’il est temps de s’adapter pour -sur- vivre.

Comment le Kenya inspire Migros

D’où viennent ces premières start-up de la FinTech ? Une grande partie viennent des Etats-Unis, mais pas seulement. Une partie des idées – et peut être le déclic pour certains esprits pas si créatifs que ça – viennent des systèmes alternatifs développés dans des pays où les systèmes banquier et financier sont moins stables, nécessitant de créer de nouvelles solutions.

On pense par exemple à M-Pesa, le système de paiement mobile développé par Vodafone en 2007 en Tanzanie et au Kenya. Depuis, il a fait son chemin en Afghanistan, en Afrique du Sud et en Inde. Une petite révolution qui a profité à beaucoup et qui en a apparemment inspiré plus d’un.

Vous vous dites qu’on est loin de tout ça ? Bien au contraire. Actuellement en Suisse deux systèmes concurrents s’affrontent sur le secteur du paiement par porte monnaie numérique, tous deux en phase de test avec de grosses entreprises suisse comme la Coop, Swisscom etc… Migros se lance dans la bataille en développant carrément son propre système de paiement. Alors oui, la FinTech nous concernera tous assez prochainement.

Evolution, revolution or love ?

Selon Laurent Haug, expert en stratégie financière, cette évolution radicale du secteur financier est déstabilisante pour les poids lourds bancaires helvétiques. Leur stratégie, fondée jusqu’à présent sur la « conservation des acquis » va à l’encontre de la prise de risque qu’implique la notion d’innovation de la FinTech.

Mais selon Eugène Schön, dans la pure tradition de concordance suisse, la majorité des nouvelles pousses du milieu se concentrent sur des services complémentaires aux banques – contrairement à d’autres pays où des start-up en arrivent à proposer des services faisant directement concurrence aux banques.

Urs Rohner – directeur du conseil d’administration de Crédit Suisse, a démentit la fragilité des banques devant ce changement stratégique, expliquant qu’elles sont largement capables d’absorber et de changer leurs process internes pour offrir de nouveaux services. On attend de voir mais on remarque que ça commence -enfin- à bouger.

Concours en force, incubateur en devenir

Dans ce domaine, une banque suisse a déjà tiré son épingle du jeu : Swissquote. Ce n’est pas nouveau pour elle, le croisement entre la technologie et la finance a toujours été son dada avec son offre de e-private banking et maintenant de e-Forex.

Le secteur financier, plus traditionnel, s’offre le classique incubage de start-up pour intégrer les nouveaux produits et l’expertise qui l’accompagne. Le premier incubateur suisse de FinTech, baptisé « Fusion » ouvrira cet automne à Genève, mené par Tenemos et Polytech Venture. Son ouverture sera suivie de près par un nouveau projet nommé “F10” mené par SIX, l’exploitant de la bourse suisse.

Concernant les banques, la PostFinance en est à sa deuxième édition du Hackhaton de PostFinance, qui se déroulera le 25 et 26 septembre prochain à Berne. 40’000 francs de prix à gagner et un puit d’idées à développer sur le thème du concours “The Future of Finance”. UBS suit de près, avec son “UBS Futur of Finance Challenge” – l’innovation n’a apparement pas touché les noms de concours.. Cette fois, la banque joue les gros bras car le concours est ouvert au monde entier et promet 300’000 CHF de prix. Mais il n’y a pas que les banques qui se lancent dans le domaine. Le géant suisse de l’assurance SwissLife a crée Swiss Life Lab, son propre incubateur de FinTech.

La force de la mise en réseau

Le secteur s’organise. À l’âge de a mise en réseau.. et bien on se met en réseau. Le premier s’appelle Swiss FinTech. Il a pour but de devenir le hub de l’écosystème FinTech en connectant banques, gouvernement et circuit starts-up. Et Crédit Suisse peut se targuer d’être à la pointe puisque son chef de développement FinTech n’est autre que le président de cette association.

Cette organisation est à l’origine du Swiss Fintech Pitch qui a eu lieu le 27 août dernier, réunissant de nombreux acteurs du milieu. Et le gagnant n’est autre que le Lausannois TawiPay – dont on vous parlait il y a pas si longtemps ici.

Finalement, les start-up se retrouvent également au sein de la Swiss Finance Startups, association suisse des starts-up en finance. La preuve qu’un réseau déjà fortement implanté existe tout de même.

La FinTech joue le trublion dans un milieu financier qui a quelque peu raté le coche -pour l’instant- mais qui commence à mettre le paquet pour rattraper son retard. Un secteur prometteur pour des étudiants et entrepreneurs qui souhaitent se faire les dents. Et c’est le moment car les places partent vite !

Maxime FILLIAU

Pour marcher sur les traces de la FinTech dans la région, vous pouvez (re)lire nos articles sur TawiPay, PayOneSnap et Kickstarter. Pour sortir des frontières, aller plus Forbes s’est amusé à lister il y a 6 mois les starts-up à fort potentiel pour l’année 2015. A lire ici.

Image de Jason Howie, Flickr

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